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Une certitude pour cette rentrée : des doutes professionnels pour l’évaluation BAC

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Prise de conscience

L’année scolaire précédente, avec la période de confinement, aura montré à ceux qui en doutaient encore, combien les inégalités scolaires liées aux inégalités sociales et culturelles se creusent en l’absence d’école. L’EPS n’échappe pas à ce constat, la démocratisation des pratiques corporelles, sportives et de santé passe par l’école. En effet, seule l’école peut réduire ces inégalités en ambitionnant pour toutes et tous les élèves un même contenu et une même évaluation sur l’ensemble du territoire. La situation du moment aurait donc dû amener au renforcement de l’école républicaine et de ses valeurs d’égalité, or au contraire le gouvernement a imposé aveuglement son calendrier de réformes discriminantes : Bac local via le contrôle continu, en EPS, référentiels d’évaluation par établissement,…etc.

Ces évaluations sont pour l’instant théoriques et n’ont jamais été testées auparavant avec les élèves. Ce motif, à lui seul, aurait dû être entendu pour obtenir le moratoire

Cette prise de conscience se double en EPS d’inquiétude sur les risques encourus d’un éclatement de la discipline fragilisant son identité scolaire. A la suite de programme vide de contenu culturel spécifique, avec des référentiels d’évaluation locaux, la Nation ne disposera d’aucun moyen commun d’apprécier les effets de cet enseignement obligatoire.   

Cas de conscience

Face à l’imposition de produire des référentiels d’évaluation à l’échelle locale, les équipes EPS ont réagi de diverses manières. Toutes, sans exception nous ont manifesté leurs doutes et leurs malaises professionnels. Nous faisons ici l’écho de témoignages les plus typiques, les collègues se retrouvent souvent dans plusieurs cas :

  • Pour certaines équipes, le principe même du renoncement aux valeurs égalitaires d’une école de la république, et d’une EPS unitaire et exigeante nationalement est un motif suffisant de résistance. Pour ces équipes, il est inconcevable d’être « complice » de cette dérive. Il en va de leur « éthique » professionnelle. Le New Management Public à l’art diabolique de s’organiser pour faire porter par les agents leur destin… et se faire harakiri ! Ces collègues ont suivi l’action collective proposée par le SNEP-FSU de ne pas rendre les protocoles avant la rentrée.
  • D’autres équipes, sont fortement « dérangées » par le contenu du cadre des protocoles, notamment la motricité minorée, et les rôles sociaux (AFL2 et 3) renforcés avec des évaluations très subjectives. Pour ces équipes, le cœur de l’enseignement doit rester l’apprentissage et l’étude des APSA. Avec ce changement, le sens de leur métier d’enseignant d’EPS, celui pour lequel elles et ils ont été formé, est remis en cause et les déstabilise. Ces équipes ne sont aussi pas dupes sur la liberté redonnée aux enseignants, elles voient bien ici le miroir aux alouettes que constitue cette façade. Au final de liberté, il n’en est rien, car leurs propositions ont été retoquées…. la conformité s’impose et elle a un goût amer.  Ne voulant pas rester dans le « qui ne dit mot consent », ces équipes ne sont pas restées silencieuses, elles se sont exprimées notamment à travers leurs protocoles jugés « non conformes » et/ou avec un courrier adressé à l’institution sur leurs « réserves »  vis à vis de ces évaluations.
  • Enfin, certaines équipes sont rentrées dans le cadre imposé sans participer à l’éventail d’actions proposées par le SNEP. A notre connaissance, là aussi, les collègues ont des états d’âme professionnels car ils craignent sur le bon déroulé des protocoles proposés, pourtant conformes mais « usine à gaz ». Ces évaluations sont pour l’instant théoriques et n’ont jamais été testées auparavant avec les élèves. Ce motif, à lui seul, aurait dû être entendu pour obtenir le moratoire demandé par le SNEP-FSU. Les enseignants vont donc travailler « sans filet » face aux élèves. Pour la sérénité d’une évaluation il y a mieux !

Clause de conscience

Au final, faute de moratoire obtenu et face au silence assourdissant de l’administration à la demande du SNEP-FSU, au vu des retours de la profession, les enseignants vont devoir faire jouer leur clause de conscience à des degrés divers. Nécessité faisant loi, pour réduire les dissonances mentionnées et éviter « la schizophrénie », les équipes seront contraintes d’avoir les évaluations « sur le papier » et de l’autre les « vraies » évaluations, celles que la profession a construit au fil de son histoire.

Les enseignants d’EPS avec le SNEP-FSU ont le double souci d’évaluer les élèves dans le respect de l’égalité de traitement à un examen national et en accord avec le contenu des apprentissages culturels en EPS. Pour garantir cette ambition, il est nécessaire de résister à la dérive actuelle et s’exprimer avec le SNEP-FSU. Cette année scolaire, démonstration doit être faites, par toutes les équipes, que ces textes sont un recul pour les élèves et l’EPS. Un retour à des référentiels nationaux par APSA, avec des modalités d’écriture plus collective et démocratique est une nécessité.