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Pour une autre politique de l’éducation prioritaire

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Ce qui est appelé « éducation prioritaire » en France a été créé en 1981 par Alain Savary, ministre de l’Éducation Nationale. La circulaire du 9 juillet 1981 en précise l’objectif : « corriger l’inégalité [sociale] par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et dans les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé ».

La gauche d’alors décide de s’attaquer au problème de concentration de difficultés et inégalités sociales par une attribution de moyens spécifiques à certains établissements. Nous ne reviendrons pas ici sur l’analyse historique et les différentes évolutions, mais sur les perspectives qui se dessinent pour les populations vivant dans ce qui est appelé quartiers populaires.

Les annonces et expérimentations récentes menées par le ministère de l’éducation prennent une direction bien identifiée pour l’éducation prioritaire. Les maîtres mots sont : localisme et contractualisation. Or, derrière se cachent des projets politiques qui ne sont pas vraiment annoncés et qui concernent potentiellement l’École dans son ensemble.

Sous prétexte de donner du poids aux équipes pédagogiques, c’est aux directions des établissements qu’il s’agit surtout de donner du pouvoir. L’expérimentation des « contrats locaux  d’accompagnement » consiste à octroyer des moyens (pas si importants que ça). Le recrutement même des enseignant·es de premier degré dans ce qui est appelé « l’expérimentation marseillaise» est confié aux directeur·rices. Les équipes pédagogiques sont littéralement mises sous tutelle. Attention, il ne s’agit surtout pas de condamner l’activité professionnelle qui fonctionnerait sur projet. En EPS cela fait des décennies que notre discipline se développe de cette façon. Il s’agit de dénoncer la mise en avant des projets pour transformer l’éducation prioritaire.

Contre le discours réactionnaire accusant les politiques de « gauche » de tous les maux, il  faut revenir à une politique des moyens

Le ministère rompt ainsi avec la logique qui a procédé à la création de l’éducation prioritaire. L’attribution des moyens supplémentaires ne se ferait plus sur la base des critères liés aux inégalités sociales mais à partir d’une analyse des projets. Rien ne garantit que tous les établissements ayant le profil « éduc prio » en bénéficieraient. Il y a une sorte de mise sous tutelle des équipes et un désaveu de la professionnalité de ces mêmes équipes.

Nous pensons que la prochaine étape, pour le ministère, sera de généraliser ce dispositif. Car il n’y a derrière ces choix opérés aucune visibilité quant à la volonté d’améliorer l’offre de formation en éducation prioritaire.

L’avenir de la jeunesse de ces zones, repose très souvent sur l’École. La réussite scolaire dans l’ensemble des établissements repose sur l’accès aux savoirs, aux compétences disciplinaires. Pourquoi ce qui est vrai pour tous ne le serait pas pour ces territoires-là ?

NOS PROPOSITIONS

Les recettes miraculeuses n’existent pas. Les voies de progrès oui. D’abord contre le discours réactionnaire accusant les politiques de « gauche » de tous les maux, il faut revenir à une politique des moyens. Sans les hiérarchiser, nous en évoquerons quelques-uns.

Les effectifs par groupe/classe doivent diminuer sérieusement. Le SNEP-FSU porte, avec d’autres syndicats de la FSU et notamment le SNES-FSU, le mandat de 20 élèves par classe en éducation prioritaire.

Les établissements doivent être classés en éducation prioritaire sans limitation du nombre, ce qui veut dire que les lycées doivent y être réintégrés.

Le temps dégagé par la pondération obtenue en REP+ ne doit pas déboucher sur des convocations par le·la chef·fe d’établissement en dehors des initiatives engagées par les équipes pédagogiques.

Les constructions et rénovations des équipements sportifs doivent bénéficier d’un plan national.

Les postes supplémentaires doivent être créés à l’image de ce qui a existé en « zones sensibles » par le passé.

Les budgets des établissements doivent permettre le fonctionnement serein au quotidien mais aussi la conduite de projets articulés à l’enseignement de l’EPS (sorties, etc.).

L’association sportive, souvent le seul « club » accessible à toutes et tous, doit être confortée par la libération du mercredi après-midi qui permet entraînements et surtout rencontres inter-établissements. La mesure du demi-contrat licence pour les collèges REP+ et les lycées relevant de l’EP doit perdurer. Le budget des AS peut et doit être soutenu si nécessaire.

Nous pourrions poursuivre la liste bien au-delà. Ce qui importe, c’est d’affirmer que l’éducation prioritaire doit continuer à exister dans ses principes originels. Ces principes ont besoin de décisions politiques, budgétaires conséquentes. Les équipes pédagogiques ont besoin de soutien et pas de coercitions évaluatives qui leur attribueraient de bons points au bon vouloir des hiérarchies, parfois éloignées du métier.