Quand l’activité physique devient une injonction politique.
Le rapport Stratégie Nationale Sport-Santé 2025-2030, publié en septembre 2025, affiche une volonté politique « forte » : « inscrire durablement l’activité physique (AP) comme une composante essentielle des politiques publiques de santé, d’éducation et de cohésion sociale ». Il dévoile 12 actions regroupées en 5 objectifs présentés comme ambitieux et exhaustifs s’adressant « à chacun, à chaque étape de la vie ».
Cette posture « volontariste » s’inscrit dans la tendance néolibérale. Les pouvoirs publics pensent la lutte contre la sédentarité comme une relation mécanique entre santé et AP. Face à la bombe à retardement sanitaire (38 000 décès attribuables chaque année au manque d’AP en France) et à son coût pharaonique (140 Milliards d’euros par an en France), l’enjeu est clair : amener chacun·e, à tous les âges de la vie, à produire de la dépense énergétique par le mouvement pour contrecarrer les effets délétères de la sédentarité.
L’AP est instrumentalisée au motif de santé. Les recommandations d’AP deviennent la boussole des politiques publiques. Normées en fréquence, durée, et intensité, elles prennent le statut de posologie, et l’AP celui de médicament que chacun·e doit se responsabiliser à s’auto-administrer pour rester en bonne santé et ne pas faire peser le poids de son irresponsabilité sur la société. L’ « approche globale et continue » concernant le « focus sur la santé mentale » est explicite : « faire du mouvement un réflexe quotidien au service du mieux être ».
À l’Ecole primaire, ces mesures se traduisent notamment par des actions visant à « consolider et amplifier la généralisation des 30’ d’APQ » en vue de « sensibiliser 4 millions d’écoliers […] à une pratique quotidienne bénéfique pour la santé , la concentration, le bien-être et la réussite scolaire ». Pour les collégien·nes et lycéen·nes, il s’agit notamment de « reconstruire des parcours de pratique adaptés pour […] les plus éloignés de l’AP ». Pour ce faire le rapport propose entre autres de « généraliser les tests d’aptitude physique en classe de 6ème pour repérer les élèves ayant besoin d’un accompagnement spécifique et faciliter leur orientation vers des pratiques adaptées », ou encore « développer des sections sportives scolaires à coloration santé, accessibles à un public plus large que les sections à visée compétitive ».
Ces mesures promeuvent à l’École, des pratiques physiques aculturelles au motif de santé, dont le bouger est l’expressionla plus minimaliste et caricaturale. En pensant responsabiliser les individus, elles déploient une logique que l’on peut qualifier de cognitiviste déterministe : savoir qu’il faut faire, et ce qu’il faut faire suffirait à modifier les comportements ! Si l’activité humaine, éminemment complexe et sociale, échappe à ses schémas simplistes et individuels… ils s’articulent pour autant parfaitement au détricotage des formations initiales et continues. En ne donnant plus les moyens de développer un réel bagage didactique autour des APSA, ils favorisent une EPS qui glisse vers des mouvements plus ou moins en appui sur les APSA pour construire la motricité, agrémenté de tâches méthodologiques et sociales. Ainsi, par exemple, malgré la centration de l’EPS au lycée sur l’enseignement de méthodes et outils pour apprendre à s’entretenir plus tard et ailleurs, la sédentarité chez nos élèves augmente, et ce de manière très déterminée selon le milieu socio économique d’origine et le genre.
Si les pouvoirs publics souhaitent vraiment augmenter l’activité physique des jeunes, elle doit être articulée à des enjeux d’égalité d’accès à la culture, de développement et d’émancipation de tous et toutes par la pratique sportive et artistique. Les plus actif·ves restent tout de même les personnes qui ont une activité physique sportive comme l’ont d’ailleurs démontré les études sur la mobilité douce. Cet angle mort amène l’évacuation d’un traitement de fond des inégalités.
Les questions économiques, sociales, de genre, de territoire, de handicap sont pourtant
des déterminants majeurs dans l’accès aux pratiques comme en témoignent les écarts de pratique entre milieux favorisés et défavorisés, notamment chez les filles. Le SNEP-FSU revendique des politiques exigeantes visant à penser les conditions structurelles, humaines et matérielles du développement du sport en France : tissus associatif, installations sportives, éducateur·rices, volume horaire du service public de l’EPS, du sport scolaire, formations des enseignant·es… autant d’éléments permettant de créer les conditions de pérennisation à l’adolescence des pratiques sportives et artistiques.
Le SNEP-FSU porte le mandat des 4h d’EPS pour tous et toutes, adossé à des savoirs exigeants autour de la culture des APSA : remettons au cœur l’étude de la culture comme formidable moteur de progrès humain ici et maintenant, comme terrain de socialisation, comme source de plaisir, qui sont les moteurs les plus puissants à l’engagement dans une pratique sportive de long terme !




