Inflation et démultiplication des tests
Dans le dossier consacré aux tests de condition physique 1, nous écrivions à la rentrée dernière : « L’expérience des autres disciplines nous montre que ces tests ont une fâcheuse tendance à l’inflation. […] Le doigt a été mis dans l’engrenage, et si nous ne résistons pas, rapidement les tests actuels se verront complétés par d’autres tests, à d’autres niveaux de classe et de manière obligatoire. » L’article, intitulé « Le doigt dans l’engrenage » (oct. 2025), était prémonitoire. Aux tests d’aptitudes physiques en classe de 6ème viennent, à la rentrée 2026, s’ajouter des tests complémentaires permettant d’étendre l’analyse des performances des élèves par d’autres aptitudes physiques liées à la coordination et au contrôle moteur, proposés par la DEPP. Au nombre de 4, ils se donnent pour ambition d’évaluer l’équilibre, la coordination, la souplesse et l’endurance musculaire ! Plus encore, après l’expérimentation de septembre 2025 sur les classes de 2nde, toutes les classes de 2nde peuvent désormais être soumises à ces évaluations. Bien évidemment, à ce stade, sur la base du volontariat. Pour autant, protocoles et dates de passation sont toujours aussi rigides.
Un outil qui légitime des mesures contre l’EPS
Les résultats des tests apportent un regard chiffré sur la réalité de la baisse de la condition physique des jeunes et permettent de nourrir les analyses sur l’ampleur des inégalités qu’elle revêt. Ainsi, l’affichage politique est clair : « Valoriser la place du corps dans le système éducatif, contribuer à la santé publique, faciliter le pilotage à différents niveaux de gouvernance » 2 . Pour autant, si les objectifs sont louables et ambitieux face à la baisse du niveau de condition physique, le thermomètre n’a jamais fait baisser la température. Pire encore, les tests deviennent l’instrument pour légitimer une attaque en règle contre l’EPS en tant que discipline scolaire porteuse de savoirs ambitieux pour toutes et tous. Ce sont ainsi, selon C. Couturier dans le Café pédagogique , des dispositifs, à côté de l’EPS, qui sont mis en place comme voie de remédiation : « deux mesures absolument radicales : le désormais fameux « bouger 30 min par jour » à l’école primaire, et les « 2 h de sport en plus » dans le secondaire » 3 . La volonté est claire : pendant que certains feront de l’éducation sportive et artistique, étudieront la culture, d’autres seront dans des cours de remédiation de santé par du bouger. La peur de la baisse de la condition physique pilote la réaction sans analyse des causes de la baisse. « Aux uns, horizon de santé, savoirs fondamentaux de la condition physique via une activité physique « appropriée », aux autres horizons de performance, en apprenant à « exploiter » ses aptitudes. Pour tout projet commun de bien-être… ! ».
Le rabougrissement de l’EPS par l’entrée au collège et au lycée
Finalement, le déploiement de ces tests met en œuvre une dynamique importante à percevoir… Le ministère refuse des épreuves nationales communes adossées à la culture des APSA, en fin de collège (DNB) et de lycée (référentiels nationaux du bac), en défendant l’initiative locale et l’adaptation au niveau de condition physique des élèves. Mais, dans le même temps, il contraint en 6ème et en 2nde à un cadre normatif, autour de tâches simples, en dehors de toute ambition culturelle… L’EPS, discipline d’enseignement au sein de l’école, ne peut-elle pas se doter de tests de ses apprentissages ? Ne pourrions-nous pas avoir des épreuves nationales qui nous permettraient d’évaluer les évolutions des acquisitions des élèves et d’être un réel révélateur de la condition physique ?
Le SNEP-FSU est clair : outil de dégradation de nos métiers, résistons, refusons ces tests, sous peine de nous les voir très rapidement imposés pour détricoter notre discipline et nos métiers !
- Site du SNEP-FSU : https://pedagogie.snepfsu.fr/category/dossiers/tests-de-condition-physique/[↩]
- Évaluation des aptitudes physiques des élèves de sixième, Eduscol, Aout 2026[↩]
- C. COUTURIER, Plus de sport à l’école : 4 heures d’EPS pour tous serait l’idéal ? Juin 2026, Café pédagogique[↩]




