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La grande débrouille des CCF bac EPS

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Article rédigé par Séverine Bertrand et Sébastien Molenat

Depuis la rentrée de septembre, il est clair que la profession est quelque peu en perte de repères. La publication des deux protocoles sanitaires pour l’EPS (reçus 48h seulement avant la reprise en septembre et en novembre !) a engendré de nombreux questionnements, des interprétations multiples et de nombreuses tensions sur le terrain.

Alors que les enseignant·es font le maximum dans le contexte sanitaire pour aider les élèves et créer des conditions sereines d’apprentissage en EPS, il ne nous semble pas opportun d’y ajouter de la complexité et de l’anxiété en cherchant à mettre en œuvre coûte que coûte les nouvelles évaluations, caractérisées par leur critères « maison » et l’inflation des « AFL » produisant des usines à gaz.

Les enseignant·es EPS et le SNEP-FSU pense que la priorité du moment doit être centrée sur les conditions d’apprentissage de leurs élèves.

Pour les examens et contrôle en cours de formation, depuis la rentrée le Ministère convient dans ses recommandations (de septembre et novembre) du caractère exceptionnel qui donne aux enseignant·es « la possibilité́ … de poursuivre l’EPS sans préoccupation certificative à court terme » 

Chaque équipe dans son établissement a tenté, à chaque fois dans l’urgence, d’aménager et d’adapter au mieux les pratiques pour permettre aux élèves de continuer à avoir une activité physique au sein de l’école.

Cependant cette « grande débrouille » trouve ses limites quand on se penche sur les évaluations du Bac. Nous revendiquons l’idée que l’organisation de CCF est un point de repère pour la profession et une garantie d’évaluation officielle sur l’ensemble du territoire. Pourtant, comment la mettre sérieusement en place dans la situation exceptionnelle dans laquelle nous sommes ?

Le caractère exceptionnel de la situation ne doit pas déboucher sur du « n’importe quoi », Il nous semble important que des recommandations nationales sur la certification soient données pour maintenir un cadre national égalitaire.

Certes, la possibilité de neutraliser un CCF sur les trois, évoquée dans le premier protocole sanitaire pour l’EPS, est toujours d’actualité mais de nombreuses interrogations subsistent :

  • Certains établissements n’auront pas vraiment pu organiser dans la majorité des cas le premier CCF comme initialement prévu compte tenu du fait que bon nombre d’équipes ont dû abandonner l’activité qu’elles mettaient en œuvre du fait du renforcement des mesures sanitaires.
  • Les 3 champs d’apprentissage différents requis pour la certification ne pourront probablement pas être programmés.
  • Le second CCF sera impacté par une EPS qui fonctionne en mode dégradé.
  • La possibilité offerte de travailler en demi-groupes impacte les temps d’apprentissage et donc le niveau d’exigence attendu mais aussi questionne sur la dissonance qu’il y aurait à convoquer l’ensemble du groupe classe pour le passage du CCF alors que le brassage doit être limité au maximum.

Aujourd’hui, aucune directive ministérielle claire, aucun cadre commun n’est donné sur l’organisation des CCF pour le Bac EPS au regard de ce contexte sanitaire si particulier. Chaque équipe se débrouille comme elle peut, comme elle veut. L’adaptation locale est accentuée par la crise sanitaire avec tous les travers que cela peut engendrer. Quelle égalité pour nos élèves ? Quels principes communs avons-nous, enseignant·es d’EPS, pour évaluer de manière égale nos élèves pour cette épreuve ?

La manière dont est gérée cette situation n’est que le prolongement de ce que l’Institution met en place depuis la réforme des lycées : le localisme devient le maître mot. En EPS, sous couvert de liberté pédagogique (factice en réalité), l’équipe au sein de son établissement doit maintenant élaborer des protocoles d’évaluation locaux. La perte des référentiels nationaux va attaquer les fondements du principe de service public d’éducation, dans la logique de la réforme du Bac et, pour l’EPS, provoquer un retour aux années 80 et une perte d’identité commune.

Notre demande de moratoire va s’imposer de fait

Afin d’éviter trop d’adaptation locale ou des recommandations d’IPR différentes d’une académie à une autre et du coup une réelle perte de repères pour notre discipline, le SNEP FSU vient d’écrire au ministère. Il demande qu’une communication claire et nationale sur des principes communs pour l’organisation des CCF soit faite aux enseignant·es d’EPS.

Dans son courrier, le SNEP FSU a fait les propositions suivantes :

  • Valider les protocoles si 2 CA au lieu de 3. En effet certaines équipes par souci de conformité au protocole sanitaire n’avaient d’autres choix d’APSA que celui de doubler un même CA. De plus, il est précisé dans les repères donnés pour l’organisation de l’EPS en contexte COVID-19 «  L’évaluation certificative au baccalauréat prévoit la possibilité exceptionnelle de proposer deux activités en cas d’impossibilité de proposer l’une des trois activités ». Il apparaît donc « ubuesque » que les commissions académiques invalident ces protocoles adaptatifs.
  • Laisser la possibilité d’évaluer en CCF là où c’est possible et quand c’est possible.
  • En cas d’impossibilité d’évaluer en CCF, continuer à évaluer en contrôle continu. Utiliser ce temps d’évaluation en CC pour porter une note certificative basée sur les acquisitions des élèves et formalisées strictement (en clair ne portant que sur le réalisé et non sur les éléments de mesure des progrès, de la participation ou autre procédure de compensation qui peuvent parfois exister). La notion de contrôle continu n’implique pas ici l’abandon d’« épreuves » au cours du cycle d’apprentissage qui permettent de juger concrètement des apprentissages des élèves dans l’APSA.
  • Ne pas imposer la co-évaluation.

Le caractère exceptionnel de la situation ne doit pas déboucher sur du « n’importe quoi », Il nous semble important que des recommandations nationales sur la certification soient données pour maintenir un cadre national égalitaire.

Tout comme il dénonce la nouvelle conception de la certification en EPS avec la fin des référentiels nationaux (moratoire demandé depuis la publication de la circulaire), le SNEP FSU est convaincu que la discipline se doit d’affirmer des principes communs nationaux, mais dans ce contexte si particulier et à titre exceptionnel ils ne peuvent qu’être assouplis pour l’évaluation du Bac EPS 2021.

A la suite des dernières recommandations et à l’annonce du ministre Blanquer sur les aménagements du Bac session 2021, nous pouvons considérer que notre demande de moratoire va s’imposer de fait, pourtant nous aurions préféré qu’elle s’impose d’une autre manière, sur la base des arguments portée par la Profession. Lire

L’action doit donc continuer, et sur les premiers CCF qui ont pu avoir lieu dans vos établissements un bilan nécessaire est à faire (remplir notre enquête) pour illustrer par la preuve du terrain les arguments de contestation avancés par la profession et obtenir prochainement une modification de ce texte.

Malgré ce contexte difficile, mais fort des derniers et nombreux échanges partagés avec la profession, le SNEP FSU maintien sa défense du caractère national des programmes et des certifications, une part plus importante accordée à la motricité, l’hérésie des champs d’apprentissages,…

Ce ne sont pas que de simples problèmes d’affichage qui sont soulevés mais c’est l’identité même de notre discipline qui est en jeu.

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