Par Christian Couturier et Andjelko Svrdlin
Le SNEP a organisé une réunion d’étude, le 12 juin, sur la question des quotas en STAPS, suite au mandat qu’il s’était fixé au précédent congrès en Corse. Quatorze membres de la DN étaient présent.e.s, six femmes et huit hommes.
La présente note est soumise aux congrès académiques. Nous vous invitons à débattre de la proposition qui se dégage de l’étude menée sur la question des quotas de femmes, à l’entrée en STAPS comme au concours de recrutement.
Si nous avons posé, de façon synthétique, les arguments pour aller vers l’instauration des quotas, nous n’avons pas oublié de rappeler ceux qui sont avancés comme des freins.
Selon les retours des congrès académiques, articulés avec le travail réalisé jusqu’à présent, des écritures seront proposées pour le congrès national à venir.
Pour mémoire rappelons le texte voté à Porticcio :
« La question du sexe pour la profession d’enseignant d’EPS est posée fortement et urgemment. Il y a actuellement un tiers de filles en STAPS. Au CAPEPS, la diminution se poursuit avec seulement 36,3 % de femmes reçues en 2020, alors qu’actuellement, il y a 44% de femmes dans la profession. Cette situation aura des conséquences inévitables sur la répartition femme/homme dans les métiers du sport et de l’EPS. Il est nécessaire, pour résoudre simultanément les deux questions, de mieux informer en amont (au lycée) sur l’accès aux STAPS (niveau scolaire et sportif requis, le rôle des options et sections sportives, lutte contre les stéréotypes sexués) et sur les débouchés des diverses filières. Le SNEP-FSU se doit de continuer de mettre les moyens (il a déjà financé une recherche) pour étudier ce phénomène avec les partenaires universitaires, sur les choix d’orientation en STAPS des bacheliers et bachelières et leur affectation finale, afin de proposer des solutions pour remédier à la désaffectation des filles pour notre métier. Pour contrer la censure sociale, les divers découragements subis, les représentations genrées, le SNEP propose de réfléchir à l’utilisation de leviers comme le principe des quotas à l’entrée en STAPS pour aboutir à terme, à un équilibre homme/femme dans la profession et plus largement dans les métiers du sport, mais aussi au nombre de places offertes aux femmes et aux hommes aux concours de recrutement. »
Un ensemble d’entretiens préalables, présentés à la réunion sous forme de résumé vidéo, ainsi que de nombreux documents ont été versés au débat. C’est donc ainsi « armés » que nous avons débattu de l’opportunité, l’intérêt, les limites, les obstacles à ce que le SNEP se dote d’un mandat demandant la mise en place de quotas H/F à l’entrée en STAPS, et/ou au concours de recrutement des enseignant-es d’EPS. Cette note ne rend pas compte évidemment de la richesse des 5 heures passées sur ce sujet. Il s’agit juste d’une courte synthèse.
Pour aller directement à la conclusion, l’ensemble des participant-es se sont prononcés favorablement pour que le SNEP soutienne et agisse à terme pour des quotas H/F, à l’entrée (dans l’état actuel ParcourSup) et au CAPEPS. Nous n’avons pas travaillé explicitement sur la formulation d’un texte, mais uniquement sur le ou les principes qui nous ont animé.
D’un point de vue général, tout le monde a relevé la première alerte d’Isabelle Collet (Professeure des Universités, Genève) que nous avons rencontrée sur ce sujet. Elle nous a interpellé ainsi, en résumé : si la question de la place des femmes, en STAPS, mais plus précisément pour ce qui nous concerne en EPS, est un problème professionnel important, alors il faut agir, et si on veut agir, la mise en place de quotas peut être efficace, même si cette solution n’est pas intellectuellement des plus satisfaisante.
Il est important de bien appréhender les deux parties de la question : est-ce que c’est un problème, et est-ce qu’on juge ce problème important ou pas.
Le SNEP s’est déjà prononcé sur ce sujet en estimant que oui, la baisse tendancielle de la place des femmes dans la profession est un problème. Rappelons qu’en 1989 le SNEP s’était prononcé contre la disparition d’un concours « séparé » qui était de fait une quantification politique et visible d’un rapport H/F relativement équilibré, même si dans les faits le nombre de postes offerts au concours a toujours été plus faible pour les femmes.
D’un point de vue général, la mixité ou plutôt la non-mixité des métiers est un problème qui continue d’entretenir des stéréotypes et des discriminations, notamment dans le cadre des carrières et des salaires 1 Pour le dire autrement, instaurer les quotas à l’entrée en STAPS, comme au concours, contribuerait à la réduction globale des inégalités salariales entre les hommes et les femmes.
Est-ce que c’est grave ? La réponse tend vers le oui à plusieurs égards.
Les différentes enquêtes montrent que lorsque les femmes sont dans un groupe professionnel à moins de 30%, les risques de comportements inappropriés de la part des hommes augmentent. Nous avons des témoignages dans ce sens dans de nombreuses équipes d’EPS mais également en STAPS. La généralisation de la formation contre les VSS doit être un des leviers pour contrer ce phénomène.
Il s’agit donc d’agir pour éviter dans un premier temps de stopper la baisse tendancielle d’entrantes en STAPS, même si sur ces deux dernières années ça s’est stabilisé, et à moyen terme tendre vers une plus grande parité (autour de 40% de femmes pourrait être un objectif rapidement réalisable).
Au-delà de la filière STAPS préparant au CAPEPS, c’est l’ensemble de la filière sport qui interroge et plus généralement les métiers du sport. Cet ensemble continue à accréditer l’idée dans l’opinion publique que le sport est une affaire d’homme. D’où un détournement de ces métiers pour beaucoup de femmes qui sont amenées à penser que ce n’est pas pour elles. Un grand nombre de filles sont bien classées par le Parcoursup mais, in fine, elles choisissent d’autres formations en lieu et place de la filière STAPS.
L’EPS a un rôle à jouer, étant en début de chaine pour ainsi dire, et s’adressant à tout le monde. Pouvoir avoir des modèles féminins comme enseignantes d’EPS en volume important est une nécessité. A condition que l’EPS combatte par ailleurs les stéréotypes et « l’essentialisation » des APSA qui a été à l’œuvre ces dernières années.
Les participant-es à la réunion ont donc proposé de façon quasi unanime que le SNEP se dote d’un mandat sur l’instauration de quotas, à l’entrée en STAPS ainsi qu’au CAPEPS. Les contre-arguments « réglementaires » ne résistant pas aux nombreux exemples existants, y compris dans la fonction publique.
Mais cependant, personne ne pense que l’instauration de quotas suffira à règler les problèmes d’égalité. Mixité, parité n’implique pas ipso facto égalité. D’autres mesures ou d’autres actions seront nécessaires pour faire avancer cet objectif syndical.
Lors du précédent congrès, la proposition de quotas, arrivée sans travail préalable de la direction nationale, avait été refusée par une très courte majorité, et avait suscitée des débats assez tranchés. Nous pouvons d’avance imaginer que notre proposition ne fera pas l’unanimité. La notion de quotas a souvent été décriée (en politique, …), alors même qu’elle est devenue fonctionnelle dans de nombreux domaines, y compris dans le sport puisque la parité aux JOP de Paris a été vantée comme une première mondiale (sans que soit jamais prononcé le mot quotas).
Sans anticiper sur le résultat du vote, et quel qu’il soit, nous pensons que le débat sur le sujet doit être considéré comme un moyen de faire avancer l’idée de la nécessité de la parité.
Nous connaissons les contre-arguments qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main mais qu’il convient au contraire de travailler dans le cadre des congrès départementaux et académique :
- Pourquoi des quotas pour uniquement les femmes et pas pour d’autres groupes plus ou moins importants, mais tout aussi discriminés voire absents du milieu professionnel ?
- Les quotas s’opposeraient au principe de compétences et du mérite (notamment lors du recrutement). Les commentaires du type : tu as été reçue parce que tu es une femme, apparaitraient immanquablement.
- Enfin l’argument des flux est très présent, rappelé par la C3D et l’ANESTAPS lors de rencontres avec eux : même si on mettait des quotas, aujourd’hui on n’a pas le vivier pour…
Ces arguments sont à prendre en compte, les réponses sont apparues lors de la réunion, elles feront partie des débats.
Il apparait clairement que les quotas ne peuvent être considéré comme un remède miracle. Par contre ils sont efficaces et créent une dynamique, une réflexion qui portent leurs fruits relativement rapidement si on regarde les différents exemples autour de nous, Isabelle Collet le rappelle. Ils doivent être accompagnés d’actions pour aller dans le sens de l’égalité : formation des enseignant-es, formation des intervenant-es en STAPS, intervention dans les lycées pour l’orientation, imposition également de la mixité dans les options et enseignements de spécialité, etc.
Proportionnellement par rapport au nombre de candidat.e.s, les filles réussissent mieux au CAPEPS que les garçons. Une des hypothèses est que l’instauration des quotas serait positivement perçue par un grand nombre de lycéennes comme une plus grande ouverture de la vie professionnelle. Cela participerait à une sorte d’appel d’air. Il va de soi que d’autres critères d’attractivité d’un métier, notamment les salaires sont à articuler.
Concernant les épreuves du concours, il apparait que les épreuves pratiques favorisent davantage les garçons. Une tension apparait ici entre la revendication globale du SNEP-FSU pour plus de place pour les APSA, dont l’étude pratique, et cette donnée à la sortie du concours.
[1] Le but de cette note n’est pas de développer les arguments et les démonstrations. Pour des chiffres et statistiques complètes, voir sur internet ou ailleurs… C’est simplement un CR interne à notre organisation.
- Le but de cette note n’est pas de développer les arguments et les démonstrations. Pour des chiffres et statistiques complètes, voir sur internet ou ailleurs… C’est simplement un CR interne à notre organisation.[↩]




