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2026, anniversaire des 30 ans de la parution des premiers programmes collège

Nouvelle réécriture des programmes pour l’école primaire et le collège

L’histoire des programmes en EPS, dans le détail, reste à écrire. De nombreuses pages, chapitres, livres ont été produits sur le sujet, mais souvent avec un parti-pris ou un angle qui ne permet pas de comprendre la totalité de la dynamique du phénomène : du plus politique au plus anecdotique, tout s’agrège, parfois sans hiérarchie, pour chuter à un moment précis sur un texte. Ce sont donc des objets complexes qui ne se résument pas à quelques explications lapidaires.

Pour le SNEP-FSU, en tant que syndicat disciplinaire et principale organisation professionnelle, c’est une question vitale car, formellement, les programmes définissent la discipline, même si pratiquement, c’est une autre histoire.

Les programmes en cours, ceux de collège particulièrement (2015), ont été qualifiés par le SNEP-FSU de « pires programmes de l’histoire » parce qu’ils synthétisaient tout ce contre quoi la profession et syndicat se sont battus pendant 30 ans : un texte général sans consistance, une minoration du champ culturel de référence et de ses savoirs constitutifs, un abandon de « ce qu’il a à apprendre » en termes concrets, avec la rupture historique consistant à évacuer les « compétences attendues », par APSA, du texte officiel. Alors que ces 30 années de batailles d’idées avaient débouché à chaque fois par la tentative d’affiner et d’afficher ces contenus-matière de façon lisible et synthétique, dans un compromis loin d’être parfait mais néanmoins acceptable 1 la nouvelle politique libérale nous a imposé de lâcher le principe d’une culture commune, avec un cadrage national de ce qu’il faut apprendre, pour enfourcher le cheval de Troie des « domaines » 2 ancrés sur des généralités discutables, mais qui ouvrent la voie au chacun fait ce qu’il veut, la seule obligation étant de passer par les différents champs.

Au cours de cette courte histoire, des années 90 à aujourd’hui, on peut bien sûr repérer des différences notables dans la façon dont se sont construites les « campagnes » menées sur l’écriture des programmes, le contexte politique ayant été à chaque fois différent. Mais il y a aussi des constantes, parfois visibles, parfois invisibles. Nous en pointerons ici uniquement 2.

Un programme scolaire ou des instructions officielles ?

Dès le début, 2 grandes orientations se dessinent. Une portée à l’époque par Alain Hébrard dans la suite de la commission verticale. Celui-ci estimait qu’un programme en EPS devait uniquement donner de grandes orientations, une « carte d’identité » ainsi que quelques contraintes d’organisation. À l’opposé, la position syndicale a toujours considéré le programme comme un affichage explicite des contenus explicites à apprendre dans les activités culturelles que sont les APSA. Donc, si la première option contraint l’organisation de l’EPS pour laisser ouverte la définition des savoirs, le SNEP-FSU défend la définition des savoirs en laissant la liberté pédagogique de choisir la meilleure organisation. C’est une clé de lecture rarement mise en avant mais qui pourtant a fonctionné. Entre 96 et 2015 c’est un compromis entre les 2 options qui s’est développé avec l’articulation finalité/objectifs généraux/compétences propres/compétences spécifiques. Aujourd’hui, c’est un retour radical aux principes des instructions officielles, signant ainsi une vision conservatrice et morcelée de l’EPS (chaque équipe voire chaque enseignant·e fait « son » EPS).

Éducation « motrice » versus éducation culturelle

Après avoir disparu du langage en EPS, pour cause de définition impossible et dualiste, le mot « moteur » revient à la mode. Pour contrebalancer les dérives possibles liées au poids des compétences méthodologiques et sociales, les programmes insistent bien sur le fait qu’en EPS il convient d’« Enrichir sa motricité et apprendre à s’exprimer avec son corps. Cet objectif est central en EPS. »

Admettons que la motricité 3 soit le terme approprié, on voit qu’il s’agit d’une approche très générale qui ne spécifie en rien l’apport de l’EPS. Le mouvement est quasi permanent chez l’être humain et la motricité évoquée élude le sens de l’enrichissement promis par l’EPS.

La question du sens et de la signification culturelle et sociale est totalement absente des propositions institutionnelles, ce qui va de pair avec la relégation des APSA dans une zone périphérique et anecdotique.

À l’inverse, la démarche culturelle que nous préconisons insiste sur l’ancrage sociétal des pratiques sportives et artistiques. Quel sens aurait un « enrichissement moteur » déconnecté des préoccupations sociales ? Historiquement, ce débat s’est traduit autour de ce qui s’est appelé le formalisme (motricité, psychomotricité…) contre le réalisme (culturalisme). Le poids du formalisme est redevenu assez lourd…

Notes :
  1. Rappelons qu’en 1996 (collège), en 2000 (lycée) et en 2008 (collège) le SNEP s’est abstenu dans les votes sur les programmes au conseil supérieur de l’éducation, marquant ainsi à la fois la volonté de laisser publier le texte présenté et sa frustration de n’avoir pu aller plus loin dans nombre de formulations…[]
  2. La notion de « domaine d’action » avait été utilisé au début des années 90 et avait finalement été abandonné sous pression du SNEP et de la profession.[]
  3. D’après le Robert, ensemble des fonctions qui assurent les mouvements.[]