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Aménager les cours de récréations pour les rendre plus actives

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Dans le cadre de la lutte contre la sédentarité, les récréations sont un moment privilégié pour que les enfants soient actifs.  Parce que c’est un lieu de vie important, la cour de récréation fait l’objet de nombreuses réflexions actuellement (« végétalisation » des cours, climat scolaire, égalité filles-garçons, besoin d’activité physique, leçons d’EPS). D’autre part, la cour de récréation est très souvent également un espace pour le périscolaire, voire les centres de loisirs. Travailler à la rénovation ou à l’aménagement d’une cour d’école suppose d’envisager de manière concomitante l’ensemble des enjeux. La concertation entre tous les acteurs et actrices est déterminante. 

1° La végétalisation des cours d’école 

La prise de conscience des besoins écologique, de la nécessité de reverdir les villes, rend la végétalisation des cours indispensable dans bien des endroits. Elle suppose une étude au cas par cas. Voir la réflexion qui se mène à Paris ou dans d’autres grandes villes avec les cours oasis. Dans tous les cas, cette végétalisation doit tenir compte des besoins de l’EPS et des besoins de grande liberté de mouvement pendant les récréations.  

2° Les besoins de l’EPS : des équipements très proches, dont la cour d’école

La problématique n’est pas du tout la même suivant qu’il y a un gymnase très près de l’école, un plateau sportif, un grand préau ou pas. La proximité des équipements étant une condition indispensable pour augmenter le temps EPS à l’école primaire, il faut faire attention à ne pas mettre les choses en concurrence. Dans le cas où l’EPS se fait régulièrement dans la cour, il est nécessaire de garder un grand espace pour faire des jeux collectifs, des activités d’athlétisme (course, lancer…), ou même d’orientation. La cour doit comporter un certain nombre de tracés (mais pas trop) qui font gagner énormément de temps aux enseignant.es dans la mise en route de leur séance.

3° Les aménagements pour les récréations (autres que ceux destinés à l’EPS) 

Les enfants ont besoin de courir, de crier, de changer de jeux s’ils en ont envie. Il faut donc au moins un grand espace pour courir et jouer au ballon (avec des règles apprises en EPS et des règles sur la mixité). La récréation doit permettre également des jeux traditionnels qui ne relèvent pas de l’EPS (échasses, billes…)  et/ou des jeux qui sollicitent l’imagination (avec du matériel non normé (pneus, …). Il faut également des endroits de rangement (de ballons de cordes, de vélos…). Les vendeurs d’équipements ont bien vu le marché potentiel pour aménager les récréations, mais leurs propositions sont à étudier avec vigilance : trop d’aménagements empêchent d’avoir des grands espaces, beaucoup de jeux colorés (en plastique) sont rapidement délaissés par les enfants. Les écoles qui font des projets d’école qui sollicitent les élèves proposent souvent des jeux « développement durable ». Mais on s’aperçoit que ces jeux sont bien investis par ceux qui les ont proposés, mais sont délaissés par les générations suivantes. On sait également qu’il y a des « saisons » pour les jeux. Il est donc intéressant de concevoir des espaces « libres » aux multiples possibilités, et ne pas envisager trop de tracés définitifs. C’est ainsi que les projets autour de l’aménagement de la cour de récréation peuvent être réactualisés régulièrement, en fonction de l’analyse du contexte. Les aménagements « de base » doivent être pensés avec cette idée en tête.   

4° La récréation moment de liberté, en toute sécurité 

La cour de récréation doit offrir la plus grande liberté d’action possible, tout en assurant la sécurité des élèves. Actuellement, c’est l’aspect sécuritaire qui prime, avec l’interdiction de tous les jeux où il pourrait y avoir la moindre chute, la moindre dispute… Au point même qu’on ne sait jamais vraiment ce qui est réellement autorisé ou interdit mais, au final, peu de cour mettent à disposition des espaces de grimpe, des jeux d’équilibre, des cordes, des élastiques… tout ce qui pourraient rendre les récréations actives ! Permettre aux élèves d’agir suppose d’éduquer au risque et plutôt que de l’interdire. Les leçons d’EPS participent à cette éducation.

A l’école primaire, les cours de récréation sont « surveillées » par les enseignant.es qui ce jour- là n’ont pas de pause. La notion de surveillance renvoie à la sécurité plus qu’à l’éducation, or la récré nécessite une éducation. Si on veut donner de la liberté aux élèves, assurer l’égalité filles-garçons, il faut recruter et former et bien rémunérer des assistant.es d’éducation. 

5° Jouer ensemble, filles et garçons, débrouillarde ou timoré, cela s’apprend !

C’est en EPS que les filles et garçons vont apprendre à jouer ensemble. Les garçons accepteront d’autant plus que les filles jouent avec eux à la récréation qu’elles auront développé des compétences en EPS. Il ne s’agit pas d’interdire les jeux de ballon qui entrainerait une très forte frustration des garçons, mais de permettre aux filles d’y accéder. Ceci, avec la nécessité d’élargir l’horizon culturel des garçons au-delà du football. C’est en EPS qu’un enfant timide apprendra à « jouer au loup ». Il n’apprendra pas seulement les règles, mais il apprendra à bien jouer les différents rôles du jeu, condition pour oser entrer dans un jeu collectif à la récréation et y être accepter. De même sauter à la corde s’apprend, l’enseigner en EPS est le seul moyen pour que filles et garçons continuent à jouer ensemble pendant la récréation (idem pour la jonglerie, les jeux d’équilibre, de grimpe, la course ou le vélo en maternelle). Voir les défis-récrés proposés par l’USEP

Résoudre ou éviter les conflits s’apprend également. Cela relève aussi bien de l’EPS que de l’éducation civique où l’on apprend à débattre et à prendre du recul. 

6° La cour, espace pour le périscolaire et les centres de loisirs 

La cour d’école est bien souvent un espace pour le périscolaire et utilisé par le centre de loisirs. Un grand nombre de réflexions ci-dessus sont valables pour ces moments périscolaires et extra-scolaires. Raison de plus pour penser son aménagement avec les collectivités territoriales, qui en sont les financeurs, mais dont les budgets ne sont pas extensibles. Pour faire évoluer les cours de récréation, permettre de poursuivre tous les objectifs, dont l’augmentation du temps d’activité physique quotidienne, il faut des concertations pour penser les évolution sur un temps long et les penser toutes les personnes concernées ensemble.