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Faut-il encore des évaluations différentes pour les filles et les garçons ?

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Par Claire Pontais et Mélanie Peltier

La différenciation des barèmes ou des épreuves entre les filles et les garçons est un débat qui a traversé la profession dans le temps. Le SNEP-FSU a souhaité traduire dans cet article les débats qui ont alimenté les séquences de travail pour la préparation de cet ouvrage.

Pendant les différents temps de travail que le SNEP-FSU a mené lors de séminaires autour de programmes alternatifs et d’épreuves pour les examens, cette question n’a pas fait émerger de consensus.

De plus, il est difficile d’avoir une lecture précise de l’EPS pratiquée et des évaluations faites en collège depuis la suppression de l’épreuve d’EPS au DNB en 2016. Cette lecture sera tout aussi délicate en lycée avec la suppression des référentiels nationaux et des épreuves d’EPS à formaliser dans chaque établissement. Sous couvert d’une adaptation au local pour un traitement plus égalitaire des élèves, les enseignant·es tordent les référentiels pour rechercher des équilibres dans les moyennes entre les filles et les garçons, sans pour autant que les filles progressent dans leurs réalisations motrices.

Les filles inférieures par nature aux garçons ?

L’EPS a travaillé depuis de nombreuses années sur les différences entre filles et garçons. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que le sport distingue – depuis son origine – les filles et les garçons, et ce, sur des bases biologiques : « les filles sont « naturellement » moins fortes, moins puissantes que les garçons (plus fragiles, plus souples, etc..), en conséquence, non seulement on ne peut pas les comparer, mais certains sports doivent être interdits aux femmes. Aux arguments médicaux se sont ajoutés des arguments de bienséance (De Coubertin « Les JO doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devant être, avant tout, de couronner les vainqueurs »). Les femmes, au cours de l’histoire n’ont pas cessé de se battre pour avoir le droit de pratiquer comme les hommes. À la même époque, G. Hébert disait pourtant déjà : « La jeune fille qui serait développée et entraînée d’une façon aussi complète et poussée que le jeune homme

pourrait se mesurer à peu près à égalité avec lui dans l’ensemble des épreuves ».

Cette moindre sportivité des filles tend à faire croire que les différences sont naturelles. Certes, il y a notamment des différences hormonales, et quand on regarde les statistiques d’une population ordinaire, très majoritairement, les hommes sont plus performants que les femmes. Mais d’une part, les différences hormonales n’empêchent pas les filles d’être sportives, et d’autre part, les hommes sont culturellement plus sportifs que les femmes. Ainsi, lorsque l’on compare une population d’hommes et de femmes, on compare en fait une population fortement sportive d’un côté (hommes) et une population moyennement sportive de l’autre (femmes). On ne compare donc pas des hommes et des femmes, mais des sportifs et des non sportives ! Ce que l’on croit « naturel » est en fait très « culturel ».

Ainsi, si nous raisonnons en termes de sportifs et non sportifs (ou sportives), et non plus seulement en termes de fille-garçon, notre regard change. Dans une classe, nombre de filles sportives sont aussi performantes que des garçons et a fortiori des garçons non sportifs. Et si l’on regarde de plus près, il y a plus d’écart à l’intérieur de la catégorie garçons (entre le plus faible et le plus fort) et à l’intérieur de la catégorie fille, qu’entre filles et garçons. Et ceci est vrai dans diverses pratiques : les écarts de performance en natation sont seulement de 5,5 % à haut niveau et dans une épreuve mixte, comme le record de la traversée de la Manche, le record est détenu par une femme.

Ces constats doivent nous permettre de ne plus se focaliser sur le seul critère fille-garçon et de se centrer sur la sportivité des élèves indépendamment de leur sexe, avec pour ambition de faire progresser tou·tes les élèves et dans le même temps de contrecarrer les stéréotypes de sexe encore très prégnants dans notre milieu.

Le manque d’ambition de l’institution

À l’écoute de la profession, la différenciation filles-garçons dans les barèmes se justifie à mesure de l’avancement de la scolarité et dans certaines APSA plus que d’autres. Ce sont les APSA où la performance brute est prégnante qui questionnent le plus. Nous ne reprochons pas à l’institution de proposer des barèmes différenciés filles-garçons dans les activités de performance, en l’état actuel, la socialisation différenciée entre filles et garçons peut les justifier, en particulier au Bac. Cependant, dans les activités athlétiques, où la performance est constitutive de l’activité, supprimer ou minorer l’évaluation de la performance, au nom d’une quête d’égalité, est un manque d’ambition qui ne dit pas son nom. Un barème plus facile pour les filles, revient à renforcer dans la tête des élèves que les filles sont plus faibles, sans mettre en relation leurs performances avec un temps de pratique et d’entrainement. C’est une égalité de surface qui ne cherche plus à permettre aux filles et aux garçons de se dépasser. Si la part de la performance brute en course, qui met en relation un temps ou une distance avec un nombre de points est fondamentale, il est possible dans la notation de l’accompagner d’une autre dimension. Elle peut être accompagnée d’une évaluation qualitative liée aux maîtrises techniques de course. C’est une manière de tenir compte des apprentissages réalisés au cours du cycle.

Et dans le sport scolaire ?

L’UNSS calque encore beaucoup ses organisations compétitives sur le monde fédéral et les différenciations garçons-filles font référence.

Alors même que l’UNSS érige la mixité en totem en l’imposant au sein des équipes dans toutes les APSA, on se rend compte qu’il existe encore beaucoup d’APSA où les modalités d’épreuves sont genrées.

Par exemple, en cross, les filles ont des distances moins longues à courir : BF = 2 000 m/BG et MF = 2 500 m/MG et CF = 3 000 m/CG = 4 000 m/JSF = 4 500 m/JSG = 5 000 m. Pourquoi ce choix ? Un marathon a une distance de 42,195 km, aux JO, les femmes et les hommes courent l’épreuve du marathon, il n’y a pas un marathon pour les femmes et un marathon pour les hommes.

Un barème plus facile pour les filles, revient à renforcer dans la tête des élèves que les filles sont plus faibles, sans mettre en relation leurs performances avec un temps de pratique et d’entrainement.
C’est une égalité de surface qui ne cherche plus à permettre aux filles et aux garçons de se dépasser.

Autre exemple, en sport de raquette, les équipes sont mixtes oui, mais les filles se rencontrent entre elles et les garçons entre eux. En tout cas, c’est ce que stipulent les différentes circulaires réglementaires à partir des championnats départementaux. La réalité et le bon sens de terrain, au niveau des rencontres locales, permet certainement aux filles et aux garçons de niveau équivalent de jouer les un·es contre les autres. L’enjeu étant bien toujours de garantir des rapports de force équilibrés.

Dans le même ordre d’idée, en sport collectif, au niveau district et dans la catégorie « benjamin », il n’est pas rare d’avoir des filles dans les équipes de garçons sans que cela ne pose de problèmes particuliers. Si elles sont dans l’effectif, c’est qu’elles y ont leur place et jouent à leur niveau. Cependant, cela n’est encore une fois possible qu’à l’échelon local à partir des phases départementales, des filles qui avaient parfaitement leur place n’ont plus le droit de participer aux compétitions avec les garçons.

Heureusement, des pratiques vont dans le bon sens, c’est le cas par exemple de la CO ou des raids : au sein d’une équipe mixte, le choix et le nombre de balises à aller chercher se fera au regard de la compétence et non du sexe du·de la coureur·euse.

En escalade, les équipes sont mixtes 2 garçons/2 filles : 3 épreuves : vitesses – bloc – en tête. Chaque grimpeur·euse réalise les 3 épreuves et l’ensemble des points est additionné. Dans chaque secteur deux parcours seront proposés de façon indifférenciée entre les filles et les garçons.

Conclusion

Le sujet de l’évaluation et des barèmes différenciés entre filles et garçons n’est pas clos. La réalité nous oblige parfois – momentanément ou de manière plus durable – à des différenciations entre filles et garçons. Mais nous espérons que ce texte permettra aux équipes enseignantes de débattre et de travailler à des référentiels ou des situations d’apprentissage qui visent l’égalité, la lutte contre les stéréotypes sexués, sans en rabattre sur l’ambition d’émancipation que nous avons pour tou·tes les élèves.

Par ailleurs, le règlement fédéral UNSS et les fiches sports qui s’y rattachent doivent être reconstruits dans la prochaine année. L’UNSS à un moment donné, fait vivre des pratiques innovantes et ambitieuses. Le SNEP-FSU s’attachera à participer activement aux différents temps de travail à l’UNSS et dans le cadre de certaines journées de l’EPS pour porter une attention particulière sur les questions d’égalité.

Le SNEP-FSU, dans cette publication mais pas seulement, continuera de porter des propositions pour travailler sur les questions d’égalité.